top of page

L’importance de la thérapie familiale systémique dans l’accompagnement des troubles de la régulation émotionnelle

Trouble de la régulation émotionnelle

La pensée systémique : clef de lecture des difficultés familiales

Lorsqu’une famille entreprend une thérapie familiale, elle arrive le plus souvent avec une inquiétude centrée sur l’un de ses membres, dont les symptômes — plus ou moins sévères — sont devenus une préoccupation majeure. L’état de cette personne influence la dynamique familiale. Comment pourrait-il en être autrement alors qu’un membre est en souffrance ?

Il peut cependant être aussi utile de se poser la question suivante : en quoi la dynamique familiale interagit-elle avec les difficultés de cette personne, et peut-elle parfois les maintenir ou les amplifier ?

La pensée linéaire classique, héritée notamment de Descartes, qui cherche des liens directs de cause à effet, montre ici ses limites. Dans les années 1950, Gregory Bateson propose un changement de perspective fondamental : plutôt que de se demander « pourquoi cette personne présente ce comportement ? », il invite à s’interroger sur le contexte dans lequel ce comportement prend sens. C’est à dire, dans quel système relationnel ce comportement apparaît-il ? Que dit-il du fonctionnement familial ? A quoi sert-il ?

Cette approche reste particulièrement pertinente aujourd’hui, notamment dans la compréhension des troubles de la régulation émotionnelle.

On observe en effet une augmentation notable des diagnostics, et les familles arrivent fréquemment avec un mot posé sur leurs problématiques : le TDA(H) de l’un des membres, parfois associé à d’autres diagnostics comme le trouble oppositionnel avec provocation (TOP) ou le trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle.

Ces diagnostics jouent un rôle important : ils permettent de nommer les difficultés, d’orienter les prises en charge et, souvent, d’apporter un soulagement. Cependant, ils ne rendent pas toujours pleinement compte de la complexité du contexte dans lequel évolue l’enfant et du rôle que ce contexte joue dans l’expression du trouble.


Comprendre les troubles : bien plus qu’une question de diagnostic

Or ces troubles (et plus généralement les troubles du comportement) sont généralement multifactoriels. Ils peuvent impliquer :

· des facteurs biologiques et génétiques : prédispositions, particularités neurodéveloppementales, …

·    des facteurs psychologiques : expériences précoces, relation d’attachement, qualité de l’estime de soi, stress, expériences traumatiques, …

·   des facteurs environnementaux, notamment familiaux et sociaux : climat relationnel perturbé, instabilité, incohérence éducative, contexte de vie, ...

En thérapie familiale, une attention particulière est portée à ces dimensions relationnelles pour comprendre la façon dont les interactions peuvent influencer l’expression et l’évolution des difficultés.

Certaines familles arrivent avec l’idée que le trouble d’un seul membre explique l’ensemble des difficultés. Il peut alors s’être installé une forme de boucle interactionnelle : les comportements de l’enfant suscitent des réponses qui, à leur tour, renforcent les dits-comportements. Progressivement, la vie familiale peut s’organiser autour du symptôme. Par exemple, poser des limites peut devenir difficile par crainte de provoquer une crise. Pourtant, l’absence de cadre peut être tout aussi insécurisante pour l’enfant.

Ces tensions souvent quotidiennes témoignent moins d’un problème individuel que d’un équilibre relationnel fragilisé.

Dans ce contexte, le travail thérapeutique consiste à envisager avec la famille un changement de regard, sans négliger plusieurs éléments essentiels :

·       les équilibres familiaux, même insatisfaisants, ont souvent une fonction,

·       le diagnostic peut constituer un appui précieux face au sentiment d’impuissance,

·       des mécanismes de protection peuvent se mettre en place pour éviter la culpabilité,

·       la souffrance de chaque membre de la famille mérite d’être entendue.

Ce nouveau regard peut alors permettre une autre lecture des comportements, non pas en opposant causes biologiques et relationnelles, mais en explorant leur articulation.


Le symptôme comme expression du système et levier thérapeutique

Dans certains contextes, les manifestations du trouble peuvent entrer en résonance avec les dynamiques familiales. Les comportements de l’enfant — agitation, impulsivité, inattention — ne sont pas uniquement des symptômes à soigner, ils peuvent aussi être envisagés comme des formes d’expression au sein d’un système relationnel.

Les enfants sont souvent particulièrement sensibles à leur environnement émotionnel. Ils perçoivent les tensions, les non-dits, les déséquilibres, et peuvent en devenir les porteurs visibles.

Il ne s’agit en aucun cas de désigner l’environnement familial comme responsable mais plutôt d’élargir la compréhension : que se joue-t-il dans les interactions ? Que vient exprimer ce comportement ? Quelle place occupe-t-il dans l’équilibre familial ?

Le diagnostic peut permettre de structurer la compréhension et d’orienter les aides. Mais il prend toute sa valeur lorsqu’il est envisagé comme un point de départ, et non comme une explication suffisante.

En complément d’une thérapie individuelle, la thérapie familiale propose d’explorer le climat relationnel : les rôles, les attentes, les modes de communication, les émotions partagées.

Prenons l’exemple d’une famille qui traverse une période difficile : séparation, dépression, stress important. Un enfant, sensible à ce contexte, peut développer des comportements agités ou envahissants, non par opposition ou provocation, mais comme une tentative, souvent inconsciente, de réguler une tension ou de maintenir un lien.

Dans cette perspective, l’enfant n’est pas seulement en difficulté : il participe, à sa manière, à équilibrer le système.

Le symptôme ne se situe donc ni uniquement chez l’enfant, ni uniquement au sein de la famille, mais dans l’interaction entre les deux.

En tant que thérapeutes, nous sommes confrontés à ces situations complexes, où plusieurs lectures coexistent. L’enjeu n’est pas de choisir entre elles, mais de permettre leur mise en dialogue.

Diagnostic, approches médicamenteuses, thérapies individuelles peuvent apporter une aide réelle. Mais elles ne répondent pas toujours à l’ensemble de la souffrance exprimée. Maintenir une attention au vécu relationnel et émotionnel sous-jacent est un élément important dans le traitement des troubles du comportement émotionnel.

La thérapie familiale peut offrir un espace pour penser autrement, pour redonner du mouvement là où les interactions se sont figées, et pour permettre à chacun de retrouver une place plus ajustée au sein du système.

Commentaires


bottom of page