La rivalité dans le couple : émulation ou risque ?
- Horizon 78

- 19 déc. 2025
- 4 min de lecture

Lors des accompagnements en thérapie de couple, la question de la rivalité se présente parfois. Que pourrait être la rivalité dans le couple ?
Meilleur poste, meilleur salaire, meilleurs parents, plus grande popularité, plus grande influence sur les autres, plus aimé de ses enfants… ?
Deux personnes en couple peuvent-elles être en concurrence, en compétition ? La rivalité avec son partenaire est-elle stimulante ou risquée ?
La rivalité apparaît lorsque l’un ou les deux partenaires se perçoivent en compétition plutôt qu’en collaboration. Elle peut s’exprimer dans différents domaines :
Professionnel : qui réussit le mieux, qui gagne le plus, qui évolue le plus vite.
Social : qui a le plus d’amis, l’entourage le plus valorisant, la meilleure image sociale.
Émotionnel : qui donne ou aime le plus, qui prend les meilleures initiatives.
Domestique : qui fait le plus, qui gère le mieux, qui prend les meilleures décisions.
Le plus souvent, ce fonctionnement n’est pas voulu. Il vient d’un besoin de reconnaissance, d’un manque d’estime de soi ou de modèles relationnels appris très tôt.
Peut-être est-ce avec la recherche d’égalité dans le couple que les premières rivalités entre les partenaires se sont installées. Autrefois, les rôles sociaux dans le couple étaient assez définis : madame à la maison s’occupait des enfants et de l’intérieur, monsieur gagnait de l’argent à l’extérieur et était dans une représentation sociale. Aujourd’hui les deux parents travaillent, les deux ont un rôle par rapport à l’éducation des enfants. Les thérapeutes de couples et les thérapeutes familiaux définissent les relations entre deux individus de deux façons : elles sont, soit complémentaires soit symétriques. La relation complémentaire, c’est lorsque les personnes ont conscience que l’autre peut être source d’enrichissement dans certains domaines. C’est par exemple la relation entre un professeur et son élève, c’est accepter la différence de niveau qui permet l’amélioration ou l’apprentissage...La relation symétrique est celle qui existe entre deux personnes qui collaborent en vue d’un même objectif, dans un travail par exemple, avec des responsabilités équivalentes mais des compétences éventuellement différentes. Lorsque la rivalité est importante, c’est signe que la relation est complémentaire mais subie, ou qu’elle est symétrique mais que l’équipe n’est pas soudée en vue d’un même objectif. La réussite de l’autre peut paraître dangereuse.
D’où viendrait cette compétition ?
Elle peut provenir d’insécurités personnelles : la rivalité renvoie à des peurs internes : peur de ne pas être à la hauteur, de n’être pas assez bien, intelligent, sociable, ce sont les failles narcissiques, peur d’être abandonné, peur de perdre sa valeur. Plus l’un des partenaires se sent fragile, plus il peut se sentir menacé par les réussites de l’autre et cela peut activer chez lui des blessures anciennes : “Suis-je aussi important ?”, “Suis-je encore nécessaire ?”
La rivalité fonctionne alors comme un mécanisme de défense, destiné à protéger une estime de soi instable.
Dans certaines situations, la réussite de l’autre peut inconsciemment activer la crainte d’être laissé de côté : “Si l’autre va trop bien, m’aimera-t-il encore ? Aura-t-il encore besoin de moi ?” Dans ce cas, la rivalité est une tentative de préserver le lien.
Elle peut également provenir d’injonctions sociales telles que la réussite professionnelle, les rôles normés, qui peuvent inciter à la comparaison permanente.
Les expériences vécues dans le passé, notamment dans l’enfance où la compétition était peut-être un moyen d’être aimé aussi bien dans la famille qu’à l’école, peuvent avoir un impact sur la vie de couple. Ainsi, nos premières relations - notamment familiales - façonnent nos attentes et nos réflexes. Un enfant qui a dû “mériter” l’attention, ou se comparer à ses frères et sœurs, risque de reproduire ce schéma dans sa vie affective adulte : être aimé implique d’être le meilleur, ou au moins de ne pas être dépassé.
Enfin quand le dialogue est absent dans le couple et que chacun reste avec ses blessures et ses émotions, le partenaire peut devenir inconsciemment un rival plutôt qu’un allié.
Les manifestations de la rivalité dans le couple
Elles sont diverses : cela peut être la difficulté à se réjouir sincèrement de la réussite de l’autre, exprimer de manière répétitive des critiques ou du sarcasme, être constamment dans la comparaison (« de toute façon, on a toujours dit que tu étais meilleur que moi »), avoir sans cesse besoin de prouver sa valeur, exprimer sa jalousie professionnelle (« tu as encore eu une promotion, moi jamais ») ou sociale (« dans les réunions, c’est toujours toi qu’on écoute et pas moi »). Elle peut aussi se manifester de manière passive par exemple par un manque de soutien ou une attitude froide au moment des succès de l’autre.
Lorsqu’elle s’installe, la rivalité peut entraîner un climat de méfiance ou d’amertume, une perte de proximité et de complicité, une fragilité voire une dégradation du lien. Les partenaires peuvent devenir adversaires, un ressentiment caché risque de s’accumuler avec le temps, la communication peut devenir tendue avec un risque de rapports de force. La rivalité peut être motivante et permettre d’avancer. Elle peut aussi mettre en danger la relation lorsque l’envie de surpasser l’autre domine. Il peut s’agir de jeu de pouvoir.
La rivalité peut donc accroître les tensions dans le couple, générer des relations très conflictuelles qui pourraient mener à une rupture émotionnelle, voire à une séparation.
Comment sortir de la rivalité dans le couple ?
Un thérapeute de couple peut aider les partenaires à identifier les causes profondes de la rivalité. Et dans un premier temps il les amène :
à repérer ce fonctionnement et à mettre des mots sur ce qui se joue dans la relation sans juger, culpabiliser ou accuser.
à exprimer leurs peurs, leurs besoins, leurs frustrations afin de rétablir la confiance.
à se réjouir pour l’autre sachant que réussite de l’un ne veut pas dire échec pour l’autre.
à redéfinir la notion de partenaire : les deux membres du couple font équipe et ce que réussit l’un, l’autre en tire aussi un bénéfice.
à travailler l’estime de soi : si chacun se sent en sécurité, la comparaison n’a pas lieu d’être.
à renforcer le sentiment d’appartenance en fixant des objectifs communs, cela va réduire la compétition.
La rivalité dans le couple révèle souvent des besoins non exprimés, des insécurités ou des mécanismes installés depuis l’enfance. En comprenant ce qui se joue dans la relation avec l’aide d’un conseiller conjugal et familial, il est possible de transformer un espace de compétition en un espace de soutien, de croissance et de solidarité.






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